Martin Steffens, L’éternité reçue, DDB. François Dabezies

portrait François Dabezies
Martin Steffens compte parmi les philosophes français de la France actuelle. Professeur en khâgne, conférencier et chroniquer, il a écrit plusieurs ouvrages et propose ici une méditation sur la vie qui se confronte à la mort :

L’éternité reçue

Sujet central pour tout homme, cette question porte sur notre finitude. Mais la réponse est donnée dès la première page du récit par cette juive bien connue, Etty Hillesum : « Cela semble paradoxal, en excluant la mort de sa vie, on se prive d’une vie complète et en l’accueillant on l’élargit et on enrichit sa vie ». Ce qui en terme évangélique se traduit par : « Qui veut gagner sa vie la perd et qui la perd la gagnera ». La vie reste sans idée du mal et de la mort. Une ancienne religieuse annonce qu’elle a médité chaque jour de sa vie sur la mort, ce qui ne lui sert de rien au moment suprême.
A l’absurdité de la mort, nous avons à répondre par la gratuité de la vie. Ainsi, dans un enterrement chrétien, il faut répondre à la mort par la beauté de la célébration. Dans ses formes justes, avec le chant liturgique, on perçoit la mesure de la décence convenable à des vivants qui se savent mortels.
Dans un camp de concentration, le fait de s’acharner à la vie se traduit pour un chrétien comme une chose sainte, comme si la créature se trouvait proche d’une valeur sacrée. La conscience de la mort est associée à un devoir de vivre.
La vie nous montre un impossible rapport à l’autre, au monde et à soi.
A l’autre car la mesure de l’amour est l’éternité. Je dois mourir à cet amour, par amour, à l’amour qui possède. Au monde, car tout projet comporte une part de mystère qui, lorsqu’il se frotte à la dureté de la vie le modifie. Quand on parvient à ses fins, c’est rarement ce qu’on s’est fixé au départ.
Le politique, dans son aspect le plus noble, doit se limiter à une cité donnée, avec ses frontières. La connaissance de soi n’est rendue possible que par une perte de soi. Cette impossibilité de coïncider avec l’autre, le monde et soi dépend du réel qui se révèle comme une contradiction. Le fait d’exister signifie entrer en résistance. Pour vivre, il faut se heurter au contradictions du monde réel, au risque de se blesser. Autrement dit, celui qui ne veut pas se blesser est déjà mort.
Quand une écoute active se met en place, celui qui écoute s’oublie pour se connecter à ce que l’autre lui dit, il s’absente de lui-même, consent à mourir le temps de l’écoute.
S’émerveiller de la beauté de la création signifie voir le beau sans le posséder. Le beau est ce qu’on désire sans vouloir le manger, ce qui implique une renonciation.
L’âme peut se voir en deux parties, le côté sensible qui souffre du chaud ou du froid, qui a faim ou soif, qui désire, puis l’autre partie de l’âme est dirigée vers le spirituel. C’est la partie sensible qui doit mourir.