Calvary, de John Michael McDonagh, Témoignage chrétien

« Le père James est un prêtre irlandais d’une espèce originale. C’est une sorte de géant interprété par l’acteur irlandais Brendan Gleeson. Le père James a été marié. De son ancienne vie, il lui reste une fille (Kelly Reilly) qui vient le voir de loin en loin dans son village.

Le père James a embrassé la prêtrise à la mort de sa femme. Et aujourd’hui il se reproche d’avoir abandonné sa fille qui a souffert de ce manque de père. Quand commence « Calvary », un thriller dont la figure centrale est un prêtre, le père James reçoit en confession dans sa petite église un inconnu qui lui fait une lourde confidence. Il a été abusé par un prêtre quand il était petit – nous sommes en Irlande…

Et l’inconnu a décidé de tuer le père James pour se venger : il lui laisse une semaine pour mettre sa vie en ordre. Au lieu de s’occuper de lui, le père va faire le tour de ses ouailles, visiter les gens qui ont des problèmes et tenter de les remettre dans le droit chemin, lui qui marche tranquillement vers la mort.
« Dans « Calvery », nous avons une image résolument contemporaine. Le curé irlandais est à a fois dans ce monde et il s’en détache en ne partageant pas la perception de ses ouailles, englués dans les problèmes conjugaux ou les histoires d’argent. Le père James trace un chemin différent où la foi est un pari exigeant. »

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La religieuse, Guillaume Nicloux, Témoignage chrétien

« C’est parce que le cinéaste Guillaume Nicloux a reçu une éducation religieuse et a même caressé l’idée d’entrer au séminaire qu’il s’est lancé dans l’adaptation de La Religieuse de Diderot, un livre qui l’avait marqué dans sa jeunesse. Le récit de cette jeune fille de 16 ans placée contre son gré dans un couvent au XVIIIe siècle avait enflammé le futur cinéaste. (…)
« le cinéaste a simplement changé la fin moins dramatique et plus romanesque : la jeune religieuse malgré elle (interprétée par Pauline Etienne) sort du couvent où elle est enfermée grâce à un ami avocat qui l’a pris sous sa protection. Plus qu’un film sur l’Église ou la foi de ce temps, La Religieuse de Nicloux est un hymne à la liberté. »

Cinéma : les chevaliers blancs ou les déboires du droit d’ingérence, Témoignage Chrétien

« On se souvient de l’aventure de l’Arche de Zoé, cette association qui avait pour objectif de sauver des orphelins africains. En 2007, la police tchadienne arrêtait les participants de cette opération : ils s’apprêtaient à embarquer 103 enfants vers l’Europe. Le film Les chevaliers blancs raconte les semaines qui précédèrent l’arrestation. (…)
« Au bout du compte, on ne saura pas quelles étaient les motivations de cet idéaliste de pacotille, agissant dans une sorte de fuite en avant pathétique. »
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Henri VIII de Arte, La Croix

« Avec le documentaire « Henri VIII. Complots à la cour », Arte propose de découvrir ce règne clé – mais terrible – de l’histoire anglaise et européenne.
« « Henri VIII. Complots à la cour », samedi 30 janvier, à 20 h 50 sur Arte.

Henri VIII (1491-1547) incarne un paradoxe : il a régné en tyran sanguinaire, et pourtant il a fait basculer son pays du Moyen Âge vers la Renaissance. En trente-huit ans de règne, Henri Tudor a fait exécuter des milliers de personnes, qu’elles soient nobles ou roturières, catholiques ou protestantes.

Parce que sa couronne était l’instrument de ses caprices, utilisée à des fins personnelles davantage qu’au service de son pays, Henri VIII a ouvert les portes du pouvoir à des roturiers. Parmi eux, Wolsey et Cromwell, respectivement fils de boucher et de forgeron, accédèrent aux plus hautes fonctions, devenant au fil des ans les éminences grises de la cour royale.
L’émergence de la bourgeoisie anglaise

Ces deux remarquables administrateurs ont profité du désintérêt du monarque pour la gestion des affaires du pays pour conquérir des charges autrefois réservées à la fine fleur de la noblesse. Sous couvert de renforcer l’autorité du souverain, Wolsey et Cromwell ont fondamentalement bousculé les structures sociales de l’Angleterre du XVIe siècle.

En renforçant le pouvoir du Parlement, institution majeure du pays, puis en brisant le pouvoir foncier du clergé catholique anglais, qui possédait alors plus de 20 % des terres du royaume, ces deux conseillers ont permis l’émergence de la bourgeoisie anglaise, dont l’importance jusqu’à la révolution industrielle ira toujours croissant.
Il fit exécuter deux de ses cinq épouses

Cette révolution est pourtant déclenchée par les ambitions dynastiques et le tempérament passionné d’Henri VIII. Les unes et l’autre, conjugués, conduiront le roi, pour pouvoir divorcer de Catherine d’Aragon puis épouser sa maîtresse Anne Boleyn, à rompre avec Rome et à prendre la tête de l’Église anglicane. Ce sera le début d’une série de cinq remariages, dont deux se concluront par l’exécution des malheureuses épouses. Wolsey et Cromwell paieront également de leurs vies leur proximité avec le roi.

Jeune prince éclairé lors de son accession au trône à 17 ans, Henri VIII finira sa vie obèse, impotent et paranoïaque. Au fil de ce documentaire, Peter Chinn expose clairement les profondes mutations de l’Angleterre sous le règne de ce despote.
Louis Nadau »

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« Spotlight »: la critique, Paris Match

Favori pour les prochains Oscars, «Spotlight» de Tom McCarthy explore les coulisses d’un scoop à l’énorme retentissement: les abus sexuels commis au sein de l’Eglise catholique à Boston.

Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis à jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.
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Spotlight : « Nous étions tous atteints d’un syndrome post-traumatique », Le Figaro

Extrait de l’interview :
« D’après vos chiffres, 6% des prêtres à Boston ont abusé d’enfants, pensez-vous qu’il soit possible qu’un phénomène similaire existe en France?

M.R – Ces chiffres proviennent de recherches très méticuleuses faites à partir d’entretiens avec 500 prêtres. En France, je ne crois pas que ce genre de recherche soit possible… Mais je pense qu’il se passe la même chose.

W.R – Les révélations de notre enquête sur les prêtres pédophiles ont eu un impact beaucoup plus limité ici, en France, comparé aux autres pays catholiques. C’est sûrement quelque chose à creuser. Pour se rendre compte de l’importance du problème, il faut regarder ce qu’il s’est passé en Irlande.
(…)
« Si vous êtes catholiques, est-ce que votre enquête et vos découvertes ont changé votre foi?

W.R – Nous sommes des catholiques de culture, par intermittence. Donc, ça n’a pas changé notre foi. Mais, pour ma part, cela a détruit la confiance que j’avais dans l’Institution. »
L’intégralité de l’interview ici

Histoire de Judas, diocèse de Paris

Histoire de Judas
Rabah Ameur-Zaïmeche 2015.

Axiome numéro 1 : Judas est le gentil ; c’est lui, bien sûr, qui a souffert pour Jésus. Axiome numéro 2 : les évangiles racontent n’importe quoi : c’est normal, ils sont partisans. Il importe donc au réalisateur, muni de ses convictions et de sa grâce propres, de restituer la vérité et au passage d’expliquer la falsification.
Muni de ces deux axiomes, le film commence. Les premières images disent tout : c’est d’abord Judas qui porte Jésus (sur son dos) ; puis c’est Jésus qui porte un ânon (dans ses bras) ; puis Barabbas intervient, sous le nom de Carabas, simple d’esprit à l’étrange allure (de Carabosse ?) qui fait l’amusement des enfants… Les scènes de l’Évangile sont là, mais retournées, subverties, inversées.
Dès lors, les séquences se déroulent, non sans une certaine beauté esthétique, due à la fois à l’économie de moyens et à la sobriété de la mise en scène. Le clair-obscur rappelle parfois le Caravage, mais la référence qui domine formellement est le Pasolini de L’Évangile selon saint Matthieu : même type de jeu des acteurs, même recherche d’une transposition dans une humanité proche de la nôtre.
Sous une apparente simplicité, l’art de déconstruction du récit évangélique est manié avec une grande virtuosité. Il faudrait commenter scène par scène. Contentons-nous de quelques notations. D’abord le soin avec lequel, au-delà de quelques éléments de décor (ménorah, talit) toute référence aux croyances juives est systématiquement évitée : ni le mot “Pâque” ni les commandements [1] ne sont ainsi énoncés. Quant au Christ, il est réduit à un maître éthéré, dépassé par ses propres pouvoirs et trop préoccupé par une démarche de type gnostique pour échapper au sort que la générosité de Judas, prêt à donner sa vie pour lui (!), voudrait lui éviter.
Cette démarche « d’inversion » finit par se retourner contre elle-même, en aboutissant à une série de paradoxes insoutenables, à la fois sur la forme et sur le fond. Retenons-en deux. La scène de purification du Temple par exemple, une fois acceptée la convention qui ne prétend pas reconstituer la majesté de l’édifice historique, fait éclater la contradiction formelle entre le prétendu souci du détail matériel et la négation de la lettre des évangiles. Alors que déjà les Pères de l’Église remarquaient que le Christ, lorsqu’il renverse les tables des changeurs, prend soin de dire aux marchands de colombes de retirer eux-mêmes leurs cages pour ne pas les léser, nous assistons ici au bris systématique de ces cages par les disciples déchaînés, pour aboutir à un plan de l’amoncellement des débris, fort beau mais d’autant plus vide qu’il ne symbolise aucun contenu autre qu’idéologique (« libérons-nous de nos chaînes » !).
Sur le fond, alors que la réalisation se veut une ode à la fraternité et à la tolérance, les parti-pris et les exclusions sont sans appel. Le bon Judas mourra assassiné par un Juif qui, dans son “délire”, prétend noter par écrit les paroles du rabbi et dont il vient de brûler les manuscrits avec l’accord tacite de Jésus (« ce que tu as à faire, fais-le vite » !). Le dialogue avec Pilate met en exergue la contradiction entre le souci du vivre ensemble, porté par un gouverneur d’abord auréolé par une mosaïque mais rapidement entraîné par les exigences de l’impérialisme, et l’irresponsabilité narcissique de celui qui veut porter jusqu’au bout un message religieux en confondant la vérité avec ses dons de thaumaturge.
Au bout du compte, le critique ne peut éviter de se poser la question du public susceptible de se retrouver dans un tel amoncellement de parti-pris. Il nous semble recouvrir au moins deux catégories. D’abord ceux qui sont persuadés que les Juifs sont des fanatiques, les chrétiens des falsificateurs, l’Occident une force d’oppression et surtout que les seules paroles dignes d’être notées comme venant de Dieu sont celles qui seraient dictées par Dieu lui-même. Nous sommes loin, ici, d’un message qui déborderait les communautés particulières. Ensuite ceux qui ont le souci d’un espace public où tout propos religieux serait relativisé, ramené à l’expression risible de projections plus ou moins conscientes et toujours immatures. Là encore, “l’actualité” d’une telle position est évidente, mais suffit-elle à fonder une réflexion ?
De ce point de vue, la dernière image est d’une extraordinaire ambiguïté. En dehors même du fait qu’elle cite d’autres films consacrés au Christ, elle devrait satisfaire les chrétiens, puisque Jésus y marche près des eaux du Jourdain après son exécution. Mais si nous restons dans la logique du film, la Passion n’a pas été montrée et il est impossible de savoir si le tombeau a jamais accueilli le Christ. Dès lors, deux solutions possibles seulement : soit l’exécution a été un simulacre et les Romains ont acquis la tranquillité par ce subterfuge, soit, si ce qui a été raconté est fiable, il ne s’agit que d’une illusion. Dans les deux cas, le christianisme est un beau rêve et Jésus, au mieux, une référence “humaniste”. En ce sens, il est proprement stupéfiant que le film ait reçu le prix du jury œcuménique du festival de Berlin. S’il n’est pas interdit aux chrétiens de prier pour Judas, il est impossible de saluer en lui le vrai fidèle de Jésus-Christ : ce film en constitue paradoxalement, de par ses propres contradictions, une preuve supplémentaire.
Denis DUPONT-FAUVILLE
2 avril 2015
[1] Ce qui est d’autant plus stupéfiant que le film nous montre le dernier repas du Christ avec les disciples, repas pascal, ou encore la scène de la femme adultère, réduite ici à une séquence pleine de sensualité dont le sens, donné par la phrase du Christ « Va et ne pèche plus », est omis.

Star Wars, diocèse de Paris

Fans de Star Wars, réjouissez-vous

Le septième épisode de La guerre des étoiles (désormais intitulée Star Wars même en France) a été précédé d’un battage publicitaire sans équivalent, sortant sur plus de 1000 copies sur le seul territoire national. L’opus précédent datant d’il y a déjà une décennie, l’impatience était grande et les souhaits multiples. Las ! La montagne a accouché d’une souris.
Montagne, certes : des effets spéciaux impeccables, encore accentués, pour la première fois, par la 3D ; des vaisseaux, des déserts, des monstres et du feu, des lasers et des combats, des bouges et des animations comme s’il en pleuvait. Pourtant, la mise en scène la plus soignée pour un jeu vidéo ne suffit pas forcément à produire une seule image de cinéma. Le réveil de la force en fournit une illustration éclatante.
Au milieu du film, dans le quartier général des « gentils », un hologramme permet de simuler la bataille à venir. Le commentaire en est précieux. « Il y a trente ans, voici ce que vous deviez attaquer » : une énorme sphère métallique surgit, étoile artificielle de la mort dont la destruction constituait l’apogée de la première trilogie tournée ; « aujourd’hui, voici ce que vous devrez affronter » : la même sphère surgit, dix fois plus grande. Tout est ici résumé : nous allons assister au même spectacle que celui du premier épisode sorti il y a près de quarante ans, avec plus de moyens techniques mais sans une once d’inventivité. Même raid initial au désert isolant la vedette orpheline, même rencontre fortuite avec un compagnon d’aventure se voulant neutre au départ, même solidarité de plus en plus étroite avec le camp du bien et ses amusants robots, même binôme (en fait trinôme) à la tête de l’empire du mal, mêmes tripots un peu louches pour nouer des contacts interlopes, mêmes monstres pour s’en prendre au vaisseau lorsque l’action va rebondir, même assaut final se concluant par la même explosion de la méchante planète artificielle. L’absence totale d’imagination quant à la trame de l’histoire est accablante.
Tout n’est cependant pas identique : malgré la croissance exponentielle du budget, il y a eu de la perte en ligne. Perte du sens de l’épopée d’abord : les figures éternelles (même recyclées) du héros et de son compagnon embarqués pour une quête initiatique se sont muées en produits politiquement corrects (une héroïne à la fois sage et court vêtue associée à un Noir à la fois musculeux et gentil), au destin aussi prévisible et consensuel qu’aseptisé. Perte de l’apprentissage de la sagesse ensuite : là où les premiers devaient résister à la fascination du mal pour découvrir la force du bien, les seconds font toujours le bien… sauf quand c’est mal [1]. Perte du sens de la transgression et des tabous enfin : alors que dans la première trilogie la quête du Père se doublait du drame sacrilège du sacrifice du fils pour déboucher sur le don de soi, c’est désormais l’affolement devant les incartades du fils qui prélude au meurtre du père et à l’enfermement dans des phantasmes adolescents. Nous ne sommes plus au niveau du mythe fondateur, mais à celui des frustrations ordinaires.
Il ne s’agit pas seulement, pour autant, d’une faillite du scénario, inexistant à force de se vouloir trop habile. Les images elles-mêmes témoignent d’une certaine facilité bienveillante, saturée de stéréotypes qui sont autant de poncifs pour venir à la rescousse de spectateurs qui auraient réussi à se perdre. L’héroïne sort directement de Hunger Games, l’apprenti méchant de Harry Potter, le gentil Noir semble une réplique de Sydney Poitier et la dernière scène une parodie d’un épisode de Game of Thrones. Le ridicule en surgit parfois, comme lorsque, affrontant le malfaisant petit-fils de Dark Vador, un héros lui lance : « enlève donc ce masque, à toi il ne sert à rien »… et que son adversaire s’exécute, son masque n’étant qu’une inutile réplique de celui de son grand-père ! Alors que les premiers films, y compris avec leurs maladresses techniques, donnaient l’impression fascinante de constituer des archives du futur, nous nous retrouvons ici dans un spot publicitaire pour une Amérique de parcs d’attraction.

Denis DUPONT-FAUVILLE
1er janvier 2016
[1] Inversion significative : les bons devaient de plus en plus lutter contre le mal à mesure qu’ils avançaient dans le bien lors des premiers épisodes ; ici, le méchant est d’emblée tenté… par le bien ! Comme si le mal ne pouvait attirer, comme si la tentation n’était que l’autre nom d’un point d’étape.

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